HISTOIRE CFTCMaintenir la CFTC envers et contre tout
La Confédération française des travailleurs chrétiens a livré, au nom de la liberté syndicale, plusieurs batailles au cours de son histoire. Elle a été menacée
dans les années 20, en 1936, en 1945, en 1964 et même en 1968 ! A chaque fois, la CFTC a su maintenir son cap et s’en est même trouvée renforcée après chaque épreuve. Cette vitalité dans l’adversité ne
peut s’expliquer que par la force de conviction de ses militants.
Dès le début des années 20, la CFTC subit les attaques des autres organisations syndicales. La CGT, qui a éclaté en 1921, a vu se constituer la CGT-Unitaire, mais les deux organisations s’entendent
pour déposer un recours au Conseil d’Etat tendant à faire déclarer illégale la CFTC en raison de son caractère confessionnel. Un arrêt du 19 décembre 1924 rejette cette demande pour le moins insolite.
Les milieux patronaux vont à leur tour essayer d’étrangler la CFTC.
Suite à la participation aux grèves du textile des syndicats chrétiens de Roubaix-Tourcoing et la vallée de la Lys, le consortium de l’industrie
textile du Nord dépose, en janvier 1924, une plainte à Rome devant la congrégation du concile ! Au terme d’une lente procédure, le patronat fut débouté de sa plainte en juin 1928. Cette décision fut
confirmée par une lettre du Cardinal Liénart, datée du 5 juin 1929, qui reconnut la parfaite légitimité des syndicats chrétiens et de leur action.
La CFTC exclue des accords Matignon en 1936
Quelques années plus tard, la CFTC est tenue à l’écart, malgré ses vives protestations, lorsque Léon Blum décide de convoquer, à l’Hôtel Matignon, une conférence réunissant les organisations
d’employeurs et de salariés en vue de leur soumettre pour avis les divers projets de lois sociales. Les accords Matignon sont donc signés par la CGPF (ancêtre du Medef) et la seule CGT réunifiée.
Dans les mines du Nord – Pas-de-Calais et sur les chantiers de l’exposition internationale à Paris, les militants de la CFTC doivent subir parfois
des voies de fait lorsqu’ils s’obstinent à refuser la carte de la CGT. Henri Meck, député d’Alsace, est intervenu au Parlement et la CFTC a reçu l’appui du président Blum. Finalement, les brimades ont
cessé. Après cette tourmente, la CFTC est forte de quelque 400 000 adhérents et plus de 1500 conventions collectives conclues de 1936 à 1939 portent la signature des organisations CFTC.
La résistance
L’entrée en guerre et l’instauration du régime de Vichy poussent bientôt un certain nombre de syndicalistes chrétiens dans la clandestinité. Le 9 novembre 1940, un décret de Vichy dissout en effet la
CFTC, la CGT, le CGPF, la CSPF (confédération des syndicats professionnels français), le Comité des Forges et le Comité des Houillères. Six jours plus tard, Jules Zirnheld, Gaston Tessier et Maurice
Bouladoux, dirigeants CFTC, signent avec neuf dirigeants de la CGT le «Manifeste des Douze », qui proclame leur attachement à la liberté syndicale.
La loi du 4 octobre 1941, dite « Charte du travail », interdit la grève et pose le principe des syndicats uniques et obligatoires. La tactique des syndicalistes chrétiens va être de prolonger, si
possible indéfiniment, la période normalement transitoire qui doit précéder la dissolution des syndicats existants.
Dès 1940, sont créée deux comités de liaison des organisations syndicales chrétiennes, l’un au nord et l’autre au sud de la ligne de démarcation. Ils vont fusionner au début de l’année 1943, lorsque
les Allemands occuperont tout le territoire français.
Un bureau confédéral clandestin fonctionne à l’abri de ce comité. Gaston Tessier et Paul Verneyras participent au mouvement « Libération Nord ». Arrivé à
Londres en avril 1943, Marcel Poimboeuf y fait des allocutions radiodiffusées jusqu’à son départ pour Alger. Gaston Tessier participe à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) le
27 mai 1943, rue du Four, à Paris, sous la présidence de Jean Moulin, et il sera présent également aux réunions qui suivront.
Un peu partout, des syndicalistes chrétiens furent membres des comités de Libération. En juin 1944, la CFTC est représentée au sein des
commissions du CNR par Gaston Tessier (président de la commission du ravitaillement), André Paillieux (à la commission des voies et communications), et Jean Brodier (à la commission du travail).
Un mois plus tard, le comité inter confédéral d’entente syndicale, créé depuis le mois de mai 1944 entre les bureaux clandestins de la CFTC et
de la CGT, lance un appel aux travailleurs français, les exhortant, en fonction du développement des opérations militaires, à des grèves et au sabotage, partout où ce serait possible, où à rejoindre le
maquis ou les groupes militaires de résistance. Le 27 juillet 1944, une ordonnance d’Alger, signée du général de Gaulle reconnaît la CFTC et la CGT comme confédérations syndicales.
Nouvelle bataille pour la liberté syndicale
Au lendemain de la Libération, la CFTC doit se battre une nouvelle fois au nom de la liberté syndicale. La Confédération refuse à deux reprises l’offre d’une fusion organique avec la CGT, craignant une
absorption pure et simple. Rappelons à cet égard que les branches socialistes et communistes de la vieille CGT sont à nouveau réunies depuis 1943. En février 1945, le ministre du Travail reconnaît le
caractère représentatif de la CGT et de la CFTC.
Pourtant celle-ci est menacée jusqu’en 1947 par une série de manœuvres de la CGT tendant à instaurer à son profit un monopole de l’organisation et de la
représentation des travailleurs salariés, notamment quand se posa la question de la répartition des sièges dans les commissions mixtes chargées d’élaborer des conventions collectives nationales et au
sein du nouveau conseil économique. Pendant cette période, la CFTC bénéficie d’une vague de syndicalisation qui lui permet de compter jusqu’à 800 000 membres en 1947.
1964 : La scission
Vers 1950, sous l'impulsion du SGEN (syndicat CFTC de l'Education nationale) apparaît une tendance à la déconfessionnalisation de la CFTC. Partant
du principe que la référence chrétienne est un obstacle au recrutement, les partisans de cette tendance prétendent la supprimer et isoler la CFTC du mouvement syndical chrétien.
Très minoritaires au départ, ils parviennent, par noyautage et par une mise en condition minutieuse, à faire basculer la majorité. Une réaction s'organise chez les tenants de la référence chrétienne,
en particulier par la création des "équipes syndicalistes chrétiennes" et de leur journal "Rénovation".
Mais ils ne parviennent pas à stopper l'évolution qui s'achève, au Congrès de 1964, par un vote à 70 % en faveur de l'abandon de la référence
chrétienne. En conséquence la CFTC devient la CFDT.
300 délégués quittent alors la salle du congrès et décident de maintenir la CFTC. Un bureau provisoire est élu dont le président est Joseph Sauty, le très charismatique leader des mineurs CFTC. Le
redémarrage est extraordinairement difficile: la CFTC maintenue n'a plus ni patrimoine immobilier, ni matériel. Si les sympathies ne lui manquent pas à l'extérieur, les encouragements sont maigres. A
peu près personne n'y croit. Elle se heurte de surcroît à la contestation permanente de la CFDT qui va jusqu'à lui intenter un procès pour utilisation abusive du sigle CFTC.
Une légitimité contestée après la scission de 1964
Au congrès de novembre 1964, une majorité vote la transformation de la CFTC en Confédération Française démocratique du Travail. Un tiers des participants refusent cette évolution et décide de maintenir
la CFTC. Ils considèrent à juste titre que la création de la CFDT n’est pas une opération de pure forme mais un changement profond de l’organisation au service d’une stratégie politico-syndicale.
Les faits et la justice leur donneront raison. Suite à la scission de 1964, la nouvelle CFDT récupère la grande majorité des membres des syndicats affiliés à
la Confédération. Aussi la CFTC minoritaire est-elle contrainte d’engager un nouveau combat pour se maintenir. Lors de la crise sociale de mai 1968, la CFTC participa activement à la conférence de
Grenelle, en dépit d’une contestation de sa présence élevée d’emblée par le porte-parole de la CFDT. Reste qu’une fois de plus, la CFTC a surmonté l’épreuve, augmentant même ses effectifs cotisants de
40 % environ en deux ans.